Un vendredi après-midi, dans une quincaillerie de la Zone de Captage, à Dakar. Le client vient de faire charger vingt sacs de ciment : « Il me faut une facture en bonne et due forme, mon comptable la réclame. » Le gérant ouvre son carnet à souches, écrit 295 000 FCFA, tamponne. Le client regarde le papier et pose la question qui gêne : « Et la TVA, elle est où ? »
Cette page y répond. Ce que la TVA fait dans votre caisse au Sénégal, quel taux appliquer, ce qu’une facture doit montrer, et comment passer du hors taxes au TTC — puis du TTC au hors taxes, l’opération que presque tout le monde rate.
La TVA que vous encaissez ne vous appartient pas
Vous ajoutez un pourcentage au prix que vous avez fixé, et il ne grossit pas votre marge : il traverse votre caisse et repart vers le Trésor. Vous en retranchez la TVA payée à vos fournisseurs, et vous reversez la différence.
Un mois ordinaire. Vous encaissez 4 720 000 FCFA TTC : 4 000 000 FCFA hors taxes et 720 000 FCFA de TVA collectée. Vos achats du mois, 2 360 000 FCFA TTC, portent 360 000 FCFA de TVA déductible. Vous reversez 720 000 − 360 000 = 360 000 FCFA.
Plus rude : la taxe n’est pas due le jour où le client paie. Elle se déclenche à la livraison du bien ou à l’accomplissement du service, et devient exigible le mois suivant, au plus tard le 15. Un client qui règle à soixante jours ne repousse pas votre échéance.
Qui facture la TVA, et à quel taux
Le taux normal est de 18 % et couvre la très grande majorité des ventes et des prestations. Un taux réduit de 10 % existe, mais son périmètre est étroit : il ne vise que les prestations fournies par les établissements d’hébergement touristique agréés. Pour une quincaillerie, c’est 18 % ou une exonération — jamais un taux arrangé.
Encore faut-il être concerné. Les personnes physiques dont le chiffre d’affaires annuel, tous droits et taxes compris, n’excède pas 50 millions de FCFA relèvent de la contribution globale unique, qui tient lieu de plusieurs impôts dont la TVA : vous ne la collectez pas et n’avez pas le droit de l’afficher. Toutes les activités n’y sont pas admises.
Ce qu’une facture doit montrer
La facture d’un assujetti fait apparaître, distinctement : nom et adresse exacts avec le NINEA, un numéro unique basé sur une séquence chronologique et continue, les taxes exigibles avec indication du taux, et le prix toutes taxes comprises. Elle est émise au plus tard dès la livraison ou la prestation — ce sont ces mentions qui permettent à votre client de déduire.
-
Le total hors taxes, sur sa propre ligne.
-
Le taux en clair : « TVA 18 % », pas juste « TVA ».
-
Le montant de la taxe en FCFA, à part.
-
Un seul total toutes taxes comprises.
-
Votre NINEA et un numéro sans trou dans la séquence.
La séquence doit être chronologique et continue, ce qui exclut de repartir de 001 chaque mois — voir comment numéroter ses factures sans trou. Pour corriger une facture remise, le correctif renvoie à l’originale : c’est l’avoir, ou note de crédit. Le reste figure dans notre guide des mentions obligatoires d’une facture au Sénégal.
Un logiciel change une chose : la taxe cesse d’être un calcul mental. Dans Wurus, vous définissez vos taxes une fois — un nom, un taux — et vous les appliquez aux lignes de vos documents (les fonctions de facturation de Wurus). La déclaration reste la vôtre : Wurus ne transmet rien à l’administration et n’est pas certifié.
Du hors taxes au TTC, et surtout l’inverse
Le sens facile d’abord : 250 000 FCFA hors taxes, taxe 250 000 × 0,18 = 45 000 FCFA, total 295 000 FCFA. Le sens inverse fait les dégâts. Le client annonce « 295 000 FCFA tout compris » : combien de TVA là-dedans ? Deux réflexes, tous les deux faux.
- Multiplier le TTC par 18 % : 295 000 × 0,18 = 53 100 FCFA. Faux de 8 100 FCFA — les 18 % portent sur le hors taxes.
- Diviser le TTC par 1,18 et appeler ça « la TVA » : 295 000 ÷ 1,18 = 250 000 FCFA. Exact, mais c’est le hors taxes, pas la taxe.
La bonne méthode tient en une ligne : 18/118 appliqué au montant toutes taxes comprises. 295 000 × 18 ÷ 118 = 45 000 FCFA. La division reste utilisable si vous finissez le travail : 295 000 ÷ 1,18 = 250 000 FCFA, puis 295 000 − 250 000 = 45 000 FCFA. Seule, elle ne donne jamais la taxe.
La remise se retranche avant la taxe. Sur ces 250 000 FCFA, 10 % de remise ramènent la base à 225 000 FCFA, la taxe à 40 500 FCFA et le total à 265 500 FCFA. Le total serait le même en remisant le TTC, mais pas la répartition : afficher encore 45 000 FCFA de taxe, c’est annoncer ce que vous n’avez pas encaissé.
Les erreurs qui reviennent le plus souvent
| Au quotidien | Facture bancale | Facture nette |
|---|---|---|
| Le hors taxes | ✗ | ✓ |
| Le taux | ✗ | ✓ |
| Extraire la taxe d’un prix TTC | ✗ | ✓ |
| Après une remise | ✗ | ✓ |
| Sous le régime CGU | ✗ | ✓ |
La plus fréquente : le prix « tout compris » annoncé de tête, puis repris sur la facture — le vendeur oublie qu’il contenait déjà la taxe et lui ajoute 18 %. La plus coûteuse est l’inverse : quand une facture porte un prix qui ne sera pas effectivement acquitté, la taxe reste due par celui qui l’a mentionnée, et le client ne peut pas la déduire.
D’où l’intérêt de calculer la taxe ligne par ligne plutôt qu’à la main en bas de page : dans Wurus, la taxe paramétrée s’applique aux lignes, et le récapitulatif se construit à partir d’elles.
Ce qui est exonéré, et le piège du « transformé »
Une partie des opérations échappe à la taxe. Parmi celles qu’un commerçant croise vraiment : les produits alimentaires non transformés et de première nécessité, dont la liste est fixée par arrêté du ministre chargé des Finances ; les médicaments ; l’enseignement scolaire ou universitaire ; la tranche sociale d’eau et d’électricité ; les locations d’immeubles nus à usage d’habitation ; le gaz butane à usage domestique ; les exportations directes.
Le mot qui fait basculer, c’est « non transformés », et la frontière ne se devine pas. Dans ses réponses publiées, l’administration a jugé le poivre et le piment taxables — botaniquement des fruits, quand l’arrêté ne vise que les légumes, plantes, racines et tubercules alimentaires — et le thé de gingembre transformé. Elle a en revanche annulé le redressement sur la viande hachée : passer la viande au hachoir n’en fait pas une viande transformée.
Quand l’opération est exonérée, la facture le dit : elle porte la référence de la disposition qui la fonde, à la place de la ligne de taxe. Si votre client prélève une part de votre facture avant de vous régler, c’est autre chose : la retenue à la source et le précompte.