Vous tenez une boutique de prêt-à-porter à Dakar, et vos clientes commandent de plus en plus par message. Un ami vous dit d’ouvrir une boutique Shopify. Votre neveu propose un site WordPress avec WooCommerce. Un troisième vous parle d’un logiciel de gestion. Beaucoup de gérants cherchent ainsi une alternative à Shopify pour vendre en Afrique, et découvrent en route que ce n’est pas la même question. Un site qui vend, ou une maison qui tient derrière les ventes : ce n’est ni le même achat, ni le même budget.
Vous saurez trancher trois choses en sortant d’ici : si votre problème est la vitrine ou la gestion, ce que la vente en ligne coûte réellement une fois les frais de transaction comptés, et pourquoi la liste des pays d’un prestataire de paiement se lit avant la grille de tarifs.
Ce que ces deux-là font mieux, et il faut l’écrire
Shopify et WooCommerce sont des plateformes de vente en ligne, et elles ne se montent pas du tout de la même façon : la première est un service hébergé par son éditeur et facturé au mois, la seconde une extension gratuite qui vit dans un WordPress que vous hébergez vous-même. Leur métier commun, c’est la vitrine : la fiche produit, le panier, le tunnel d’achat, le thème qu’on installe en une après-midi, l’application qu’on greffe pour relancer un panier abandonné. Sur ce terrain, ils sont devant, et un logiciel de gestion ne joue pas dans cette catégorie. Autant le dire ici plutôt que de vous le laisser découvrir après l’achat.
- Les thèmes. Le Shopify Theme Store se présente comme des « Ecommerce Website Templates - Free and Premium Themes for Your Online Store » et annonce « Hundreds of themes, millions of merchants », page consultée le 27 août 2026.
- Les applications. Le Shopify App Store annonce « over 16,000 apps for all the different ways you want to customize your store », consulté le 27 août 2026. C’est un marché d’extensions ; un logiciel de gestion n’est pas construit pour cela.
- Le contenu et le référencement. WooCommerce se décrit comme « the open-source ecommerce platform for WordPress » : votre boutique vit dans WordPress, dont le contenu est le métier. La page officielle de l’extension revendique « 7+ million » d’installations actives.
- La liberté de montage. WooCommerce résume sa promesse ainsi : « Choose any payments, any features, any host. Sell online and offline, locally or globally. » Avec un développeur sous la main, tout est ouvert.
Chercher une alternative à Shopify en Afrique, c’est souvent chercher autre chose
Le gérant qui tape cette recherche a rarement un problème de vitrine. Il a un stock qui ne correspond plus à ce qu’il y a dans le magasin, un client entreprise qui réclame une facture en bonne et due forme, un fournisseur payé en trois fois dont personne ne suit le solde, et un comptable qui demande un grand livre au format SYSCOHADA avant la clôture. Ces quatre problèmes sont derrière la commande, pas devant.
C’est la vraie ligne de partage. Devant la commande : trouver l’acheteur, lui montrer le produit, encaisser. Derrière : le stock, le document, l’achat, l’argent. Une plateforme de vente en ligne est excellente devant. Un logiciel de gestion travaille derrière. Un commerce qui vend au comptoir et par message a surtout des problèmes derrière.
| Au quotidien | Shopify | WooCommerce | Wurus |
|---|---|---|---|
| Vitrine, thèmes, tunnel d’achat | ✓ | ✓ | ± |
| Écosystème d’applications | ✓ | ✓ | ✗ |
| Référencer ses fiches produits | ✓ | ✓ | ✗ |
| Encaisser au comptoir du magasin | Non documenté pour l’Afrique de l’Ouest : à vérifier | Dépend d’une extension à installer | ✓ |
| Stock partagé entre le comptoir et le site | Dépend de l’offre et des applications retenues | Dépend des extensions installées | ✓ |
| Facture, achats fournisseur, comptabilité | Non documenté pour le SYSCOHADA | Non documenté pour le SYSCOHADA | ✓ |
| Encaissement natif dans votre pays | ✗ | ✗ | ✓ |
| Commission de la plateforme sur vos ventes | ✗ | ✓ | ✓ |
| Hébergement et mises à jour | ✓ | ✗ | ✓ |
| Vendre pendant une coupure de réseau | Un site en ligne a besoin du réseau | Un site en ligne a besoin du réseau | ✗ |
Les cinq questions qui se posent après le clic « Commander »
Prenez une quincaillerie de 900 références à Thiès, avec un magasin et un petit site. Une commande tombe la nuit. Voici ce qui doit se passer ensuite, et que la vitrine ne fait pas toute seule.
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La vente en ligne fait baisser le stock du magasin tout de suite, sinon vous vendez deux fois la dernière pièce.
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Le client qui réclame une facture avec vos mentions la reçoit, sans la retaper dans un autre outil.
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Le réassort chez le fournisseur entre dans la même base, avec son prix d’achat et son reste à payer.
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Le retour d’un article remet la pièce en stock et laisse une trace.
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Votre comptable retrouve un grand livre, une balance et un compte de résultat au format SYSCOHADA.
Wurus prend le sujet par ce bout-là. La boutique en ligne y est rattachée au même stock que la caisse et les entrepôts, les devis, commandes, factures et bons de livraison sortent en PDF avec vos modèles, les achats fournisseurs et les dépenses vivent dans la même base. Deux précisions honnêtes : la boutique en ligne s’ouvre à partir du Pack Pro, et la comptabilité SYSCOHADA seulement au Pack Enterprise. Sur ce que doit porter le document lui-même, tout est détaillé dans notre guide des mentions obligatoires d’une facture au Sénégal.
Encaisser à Dakar ou à Abidjan : lisez la liste des pays avant la grille de tarifs
C’est le point que presque personne ne vérifie, et c’est celui qui coince. Shopify écrit noir sur blanc que « Shopify Payments is only available to stores that operate in certain countries and regions ». La page officielle qui donne la liste précise : « You can use Shopify Payments to accept payments at checkout if your business is located in one of the supported countries listed on this page. » Consultée le 27 août 2026, cette liste ne comporte aucun pays d’Afrique de l’Ouest.
Même constat du côté de WooCommerce pour sa solution de paiement maison : « If you are an individual or business based in one of our supported countries, you can sign up as a merchant with WooPayments ». La liste des pays supportés, consultée le même jour, n’en contient aucun de la sous-région.
La conséquence est très concrète. Vous passerez par un prestataire tiers, et Shopify facture ce choix : sa page tarifs publie « 2% 3rd-party payment providers » sur le plan Basic, « 1% » sur Grow et « 0.6% » sur Advanced. Son centre d’aide ajoute que « Third-party transaction fees apply on all third-party and alternate payment gateways even when Shopify Payments is activated ». Ce pourcentage se prend sur chaque vente, tous les mois, en plus de la commission de votre prestataire.
Nous n’affirmons rien sur la disponibilité de Wave, d’Orange Money ou de MTN MoMo chez l’un ou l’autre de ces éditeurs : aucune page officielle ne la documente pour nos pays, donc nous ne l’écrivons ni dans un sens ni dans l’autre. Posez la question par écrit à l’éditeur et à votre agrégateur avant de payer un premier mois. Côté comptoir, les encaissements mixtes sont traités dans notre article sur la caisse multi-paiements et le mobile money.
Le vrai coût d’une boutique en ligne n’est presque jamais l’abonnement
Les tarifs publiés par Shopify le 27 août 2026, sur la page consultée en dollars américains : plan Basic à « $27 USD/mo » au mois et « $19 USD/mo » en engagement annuel, plan Grow à « $72 USD/mo » et « $54 USD/mo », plan Advanced à « $399 USD/mo » et « $299 USD/mo ». Ces montants varient selon la région détectée : ouvrez la page depuis votre pays, la vôtre ne sera peut-être pas celle-ci. Nous ne les convertissons pas en FCFA, parce qu’une conversion depuis le dollar bouge d’une semaine à l’autre.
Faites plutôt le calcul qui ne bouge pas, celui du pourcentage. Une boutique qui réalise 2 000 000 FCFA de ventes en ligne par mois, sur le plan Basic, avec un prestataire de paiement tiers : 2 % font 40 000 FCFA par mois, soit 480 000 FCFA sur douze mois, avant l’abonnement, avant la commission du prestataire, avant la livraison. Sur le plan Grow le taux tombe à 1 %, soit 20 000 FCFA par mois pour le même chiffre d’affaires : le calcul se refait à chaque palier, et c’est exactement ainsi que la grille est construite.
- L’abonnement, le seul poste que tout le monde compare.
- Les frais de transaction de la plateforme, puis ceux de votre prestataire de paiement.
- Le thème payant et les applications payantes, souvent facturés au mois eux aussi.
- L’hébergement, dans le cas WooCommerce : la documentation officielle demande « WordPress version 6.9 or greater », « PHP version 8.3 or greater », MySQL 8 ou MariaDB 10.6, « HTTPS support » et « WordPress memory limit of 256 MB or greater ». Le module est gratuit ; le serveur qui le fait tourner, non.
- La maintenance : la personne qui met à jour WordPress, l’extension et le thème le jour où une mise à jour casse la page panier.
- Le catalogue : photographier, décrire et saisir 900 références. Une seule fois, mais quelqu’un doit le faire.
Un détail qui compte pour un commerce à deux employés : Shopify documente que « The Basic plan doesn't support adding staff accounts to your store ». Le vendeur au comptoir et vous partagerez donc le même accès, ou il faudra monter de plan. Côté gestion, la grille des packs Wurus se lit au mois ou à l’année, avec un plafond de produits par palier. Et si la question de la connexion vous inquiète, elle est traitée à part dans installé ou cloud, face aux coupures.
Et si votre vraie boutique, c’était WhatsApp et Instagram ?
C’est souvent la vraie réponse, et elle dérange les deux camps. Ce que nous voyons sur le terrain à Dakar, à Abidjan ou à Cotonou, sans prétendre le chiffrer, c’est que beaucoup de commerces vendent d’abord en message : la photo part sur WhatsApp, le prix se discute, la commande se confirme par vocal, le paiement arrive en mobile money ou à la livraison. Ouvrir un site ne remplace pas ce canal et ne lui amène pas de trafic tout seul : un site sans visiteurs ne vend rien, quel que soit le thème installé dessus.
La question n’est pas « site ou pas site », mais « qui tient le stock et la facture quand la commande arrive ».
Si vous êtes dans ce cas, le site n’est pas votre premier achat. Votre premier achat, c’est ce qui tient le catalogue, sort un document propre et garde la trace du paiement. C’est pourquoi envoyer sa facture par WhatsApp règle plus de problèmes qu’une refonte de site, pour beaucoup de commerces d’ici. Le jour où la vitrine devient nécessaire, elle s’ajoute : les deux ne s’excluent pas, ils ne se remplacent pas non plus. Avant de signer quoi que ce soit, passez la checklist des 20 questions à poser avant de choisir — elle vaut aussi pour une plateforme de vente en ligne.