Le poste est sous le bureau, dans le petit local du comptable, quelque part entre le Plateau et la Medina, à Dakar. Dessus, Sage tourne depuis onze ans : les clients, les fournisseurs, douze exercices et des dizaines de milliers d’écritures. Le gérant a décidé de passer à autre chose. Reste la question qui bloque tout depuis trois semaines, et personne dans la pièce ne sait y répondre : qu’est-ce qu’on emporte ? Parce que la vraie peur n’est pas de payer un nouvel abonnement. C’est d’arriver en janvier sans savoir ce que le client de la rue 12 doit encore.
Une migration de données Sage réussie ne se juge pas au volume repris. Elle se juge au nombre de choses qu’on a choisi, en connaissance de cause, de laisser derrière. Voici ce qui se reprend proprement, ce qui se reprend mal, ce qu’il ne faut surtout pas emporter, comment sortir vos fichiers avant de résilier quoi que ce soit, et à quelle date couper. Vous en sortirez avec un plan, pas avec un argumentaire.
Migration de données Sage : trois catégories, pas une
L’erreur de départ est de traiter la reprise comme un bloc, avec une seule réponse possible : oui ou non. Vos données ne sont pas un bloc. Elles se rangent en trois tas très inégaux, et le travail consiste d’abord à les séparer.
- Ce qui se reprend proprement : le référentiel. Les produits (référence, désignation, prix de vente, unité, taxe), les clients, les fournisseurs, et les soldes d’ouverture à la date de coupure. Une ligne égale un objet, sans dépendance à ce qui s’est passé avant.
- Ce qui se reprend mal : l’historique comptable détaillé (écritures, lettrage, échéanciers, journaux), les documents PDF déjà émis, et les paramétrages sur mesure : états personnalisés, champs libres, modèles d’impression, automatismes bricolés au fil des années.
- Ce qu’il ne faut pas reprendre : les références mortes depuis trois ans, les clients qui n’ont rien acheté depuis longtemps, les doublons de fiches, les tarifs périmés, et les comptes ouverts un jour au cas où.
Le premier tas se copie. Le deuxième s’archive. Le troisième se jette, et c’est le seul moment de la vie d’une entreprise où le jeter devient facile : personne ne défend une fiche qu’il faudrait retaper à la main. Une migration est la meilleure occasion de nettoyage que vous aurez en dix ans, alors servez-vous en.
Sortir ses données avant de résilier quoi que ce soit
C’est le point que tout le monde découvre trop tard. Un logiciel installé garde vos données chez vous, sur un poste ou un serveur. Les en sortir suppose donc trois choses au minimum : que la machine démarre encore, que le logiciel s’ouvre, et que quelqu’un dispose du mot de passe qui donne accès aux fonctions d’export. Dans beaucoup de PME, ce troisième point se termine par un appel à l’intégrateur qui a réalisé l’installation il y a huit ans. Réglez cette question avant d’annoncer votre départ ou de laisser expirer un contrat de maintenance.
La bonne nouvelle, c’est que ces exports existent et qu’ils sont documentés. Une fiche de la base de connaissances de Sage, classée sous Sage 100 Comptabilité, indique que « Sage 100 offre la possibilité d’exporter des éléments de la comptabilité sous différents formats : texte, Excel, html, sylk et xml » (consulté le 27 août 2026). Le même centre d’aide documente un « Format import / export paramétrable » pour Sage 100 et Sage 100 Hébergé, dont la fonction « permet d’importer et exporter vers n’importe quel logiciel capable d’émettre ou de recevoir des fichiers au format ASCII (exemple : fichier texte) ».
Côté soldes, une fiche de la même base intitulée « Exporter les données comptables de la ligne Sage 100 et 30 » — que Sage classe sous le produit Sage Génération Experts, parce qu’elle décrit l’export d’un dossier Sage Ligne 100 en vue d’un import chez un expert-comptable — passe par le menu Fichier > Exporter > Balance, et précise que « l’export de la balance fera office de plan comptable ». L’aide en ligne de Sage Comptabilité i7 Edition Petites Entreprises, de son côté, énumère les types disponibles : « Access (au format ACCESS 97) », « ASCII délimité », « ASCII fiscal », « ASCII pur », « EXCEL (si une version supérieure ou égale à EXCEL 5 est installée sur l’ordinateur) ».
Un avertissement honnête s’impose : la gamme Sage est large, les versions diffèrent, et ce qui est vrai d’une installation ne l’est pas forcément de la vôtre. Sage écrit d’ailleurs sur sa propre page produit « l’arrêt de la commercialisation de Sage Petite Entreprise i7 », la gamme dont relève Sage Comptabilité i7 : selon le millésime installé chez vous, le logiciel que vous ouvrez peut appartenir à une gamme que l’éditeur ne vend plus. Ne concluez rien à partir de cet article. Ouvrez votre propre logiciel, allez dans le menu d’export, générez un fichier, ouvrez-le, et comptez les lignes. C’est la seule vérification qui vaut quelque chose, et c’est le même réflexe que celui recommandé dans les vingt questions à poser avant de choisir son logiciel de gestion.
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Le fichier des produits : référence, désignation, prix de vente, unité, taxe applicable.
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Le fichier des clients et celui des fournisseurs, avec coordonnées et solde à date.
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La balance à la date de coupure, et l’état du stock valorisé, ligne à ligne.
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Les documents déjà émis, exportés en PDF dans un dossier daté et copié ailleurs.
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Une sauvegarde complète de l’ancien système, et surtout : une restauration testée.
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Le nom et le numéro de la personne capable de rouvrir l’ancien logiciel dans deux ans.
La règle d’or : on n’emporte pas un historique, on l’archive
La tentation est toujours la même : tout reprendre, pour que le nouvel outil ressemble à l’ancien en mieux. Elle coûte des mois et se termine mal, pour une raison technique simple. Une écriture comptable n’est pas une ligne de tableau : c’est un maillon. Elle dépend d’un journal, d’un exercice, d’un plan comptable, d’un lettrage avec une autre écriture, parfois d’une échéance. Reprendre douze exercices dans un plan comptable qui n’est pas exactement le même, ce n’est pas copier une comptabilité : c’est la refaire, avec le risque d’erreur que cela suppose et un comptable qui vous demandera pourquoi les totaux ont bougé.
La règle d’or tient en une phrase : on garde l’ancien système accessible en lecture pendant la durée légale de conservation, et on démarre le nouveau à une date de coupure nette, idéalement le premier jour d’un exercice. L’ancien logiciel devient une archive consultable. Le nouveau part d’une balance d’ouverture et d’un stock inventorié, comme une entreprise qui ouvre.
Cette durée est écrite noir sur blanc. L’Acte uniforme relatif au droit comptable et à l’information financière, publié au Journal officiel de l’OHADA du 15 février 2017 et en vigueur depuis le 1er janvier 2018 pour les comptes personnels des entités, dispose à son article 24 que « les livres comptables ou les documents qui en tiennent lieu, ainsi que les pièces justificatives sont conservées pendant dix ans ». Dix ans, c’est plus long que la durée de vie d’un poste de travail : votre archive doit donc être pensée comme telle, et non comme un vieil ordinateur laissé dans un coin. Le sujet est traité en détail dans notre article sur l’archivage légal des factures en zone OHADA.
Trois stratégies de reprise, et celle qui vous va
Il n’y a pas une bonne méthode, il y en a trois, et la meilleure dépend de votre profil plus que de votre logiciel. Tout reprendre convient à une activité jeune, avec peu de références et deux ou trois ans d’ancienneté. La coupure nette convient à la majorité des commerces et des PME. La double tenue temporaire, c’est-à-dire les deux outils en parallèle pendant un ou deux mois, est le choix des activités qui ne peuvent pas se permettre le moindre trou : une pharmacie, ou un dépôt de boissons en pleine saison chaude.
| Au quotidien | Tout reprendre | Coupure nette | Double tenue |
|---|---|---|---|
| Délai avant de démarrer | ✗ | ✓ | ± |
| Charge de saisie pour l’équipe | ✗ | ✓ | ✗ |
| Risque d’erreur sur les soldes | ✗ | ✓ | ± |
| Retrouver une facture de l’an dernier | ✓ | ✗ | ✓ |
| Comparer deux exercices dans un écran | ✓ | ✗ | ✗ |
| Filet de sécurité le jour où ça coince | ± | ± | ✓ |
| Coût pendant la transition | ± | ✓ | ✗ |
| Conservation légale des dix ans | ± | ✓ | ✓ |
| Cadrage sur un début d’exercice | ± | ✓ | ± |
| Pour qui c’est le bon choix | Peu de références, deux ou trois ans d’activité | La majorité : un commerce, une PME, un cabinet | Une activité qui ne peut pas s’arrêter du tout |
Lisez la quatrième ligne sans la contourner : pour retrouver une facture de l’an dernier, tout reprendre gagne, et la coupure nette perd. C’est le prix à payer, et il faut le dire à l’équipe avant la bascule, pas après. La contrepartie est une reprise beaucoup plus rapide et un seul chiffre à vérifier au démarrage. Si vous venez d’un tableur plutôt que d’un logiciel installé, l’arbitrage est différent et plus simple : voyez comment migrer d’Excel vers un logiciel de gestion.
Le plan de coupure, semaine par semaine
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J-30 Fixer la date de coupure Un premier jour d’exercice si c’est possible, un premier jour de mois sinon. Jamais un jour de forte activité, jamais une veille de fête.
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J-25 Vérifier l’accès au poste Le poste démarre, le logiciel s’ouvre, le menu d’export est accessible, et vous avez le mot de passe. Si l’un des quatre manque, appelez l’intégrateur maintenant.
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J-20 Générer les exports Produits, clients, fournisseurs, balance, stock. Un fichier par famille, ouvert et compté dans un tableur juste après.
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J-15 Nettoyer les fichiers Supprimer les références mortes et les doublons, uniformiser les unités, vérifier que chaque produit a un prix et une taxe. C’est là que se joue la qualité du résultat.
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J-10 Charger le référentiel Créer le catalogue et les fiches dans le nouvel outil, en repartant des fichiers nettoyés, jamais de la base d’origine.
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J-3 Inventaire physique Compter le stock réel. C’est votre stock d’ouverture, et il vaut mieux qu’il soit juste que rapide.
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J-1 Arrêter les saisies Plus rien n’entre dans l’ancien système. On sort la balance définitive et on la met de côté.
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J Ouvrir sur les soldes Saisir les soldes d’ouverture clients, fournisseurs et stock, puis émettre le premier document dans le nouvel outil.
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J+7 Le premier contrôle Comparer trois totaux : le stock d’une famille de produits, l’encours d’un gros client, la caisse d’une journée. Trois suffisent.
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J+30 Archiver, puis résilier Sauvegarde complète, restauration testée, dossier de PDF rangé et dupliqué. C’est seulement à ce moment-là qu’on résilie.
Un point mérite une attention particulière : le stock d’ouverture. Reprendre les quantités sans reprendre la méthode de valorisation donne un bilan faux dès le premier mois, et un comptable qui exige du SYSCOHADA s’en apercevra. Décidez la méthode de valorisation — CMUP ou FIFO, celle que votre comptable attend — avant de saisir la première ligne, et faites-la écrire quelque part.
Ce que Wurus reprend, et ce qu’il ne reprend pas
Autant l’écrire sans détour, parce que c’est la question que vous poserez de toute façon en rendez-vous. Wurus n’a pas d’assistant de migration Sage. Il n’importe pas d’historique comptable, ne reprend pas automatiquement vos écritures, ne rejoue pas vos lettrages et ne recrée pas vos états personnalisés. Ce qui existe, c’est un import Excel du catalogue produits : vous préparez un fichier propre, vous le chargez, et vos références sont là. Le reste du référentiel se crée, et les soldes d’ouverture se saisissent.
Dit autrement : Wurus se marie avec la stratégie de coupure nette, et pas du tout avec celle du tout reprendre. Si votre exigence absolue est de retrouver douze exercices dans le nouvel outil, ne perdez pas votre temps avec nous. Pour le détail fonctionnel de ce que vous retrouverez après la bascule, voyez les modules de l’application ; pour le positionnement complet face à la gamme Sage, la comparaison entre Wurus et Sage.
Deux précisions qui évitent une mauvaise surprise. Vos anciens PDF peuvent être déposés dans la GED de Wurus, qui les classe et en garde les versions : ce sont alors des fichiers rangés et consultables, mais pas des documents de l’application — ils ne réapparaîtront pas dans la liste de vos factures. Et la comptabilité SYSCOHADA n’est ouverte qu’au plan Enterprise : si votre bascule inclut la tenue comptable, c’est ce palier qu’il faut regarder, pas un autre. Le Pack Starter gratuit, lui, est plafonné à 50 produits, essai compris — il ne convient pas à un catalogue sorti de Sage.