Il est 8 heures à Thiès. Vous ouvrez le dépôt, votre banquier veut une valeur de stock pour le dossier, et vous savez déjà la première partie de la réponse : il reste 300 bidons d’huile d’un litre, alignés le long du mur. Mais le premier arrivage vous a coûté 1 200 FCFA le bidon, le deuxième 1 350, le dernier 1 500 — le fret avait grimpé entre-temps. Alors 300 bidons, oui. Mais 300 bidons à quel prix ? La valorisation des stocks OHADA commence exactement à cet endroit.
À la fin de cette page, vous saurez calculer votre stock de deux façons admises, comprendre pourquoi elles ne donnent pas le même résultat, et arriver chez votre comptable avec des chiffres tenus plutôt qu’une estimation. Tout se fait avec un carnet et une calculatrice : un exemple unique, repris du début à la fin.
Pourquoi le même bidon ne vous a pas coûté le même prix
Trois arrivages du même produit, trois prix de revient différents : ce n’est pas un défaut de gestion, c’est la vie normale d’un dépôt en Afrique de l’Ouest. Entre deux commandes passées par WhatsApp à votre fournisseur, beaucoup de choses bougent — et vos bidons, identiques à l’œil, ne pèsent pas le même montant dans vos livres.
- Le change : votre fournisseur facture en dollars ou en yuans, et le FCFA n’achète pas la même chose d’un trimestre à l’autre.
- Le fret et la manutention : un conteneur ne coûte pas le même prix en janvier et en septembre.
- La douane et le transit, dont le montant se répartit sur des quantités reçues qui varient.
- Les promotions fournisseur : trois cartons offerts pour vingt achetés, et le coût unitaire baisse d’un coup.
- Les achats de dépannage : une rupture juste avant la Tabaski, et vous rachetez chez un demi-grossiste de Dakar, plus cher.
Tant que rien ne sort, la question reste théorique. Elle devient très concrète le jour où vous vendez 180 bidons : à quel coût les sortez-vous ? La réponse fixe votre marge, la valeur de ce qui reste au bilan, et le résultat que verra la banque. Si votre organisation de stock démarre à peine, commencez par le guide complet de la gestion de stock : on valorise après avoir su compter.
Le CMUP : un coût moyen recalculé à chaque arrivage
CMUP veut dire coût moyen unitaire pondéré. Le principe tient en une ligne : on additionne tout ce que le stock a coûté, on divise par le nombre total d’unités. Pondéré, parce qu’on ne fait pas la moyenne des trois prix affichés : on fait la moyenne des sommes réellement dépensées, chaque prix pesant le nombre d’unités achetées à ce prix-là.
- Premier arrivage : 100 bidons à 1 200 FCFA, soit 120 000 FCFA.
- Deuxième arrivage : 150 bidons à 1 350 FCFA, soit 202 500 FCFA.
- Troisième arrivage : 50 bidons à 1 500 FCFA, soit 75 000 FCFA.
Total : 300 bidons pour 397 500 FCFA. Le coût moyen pondéré vaut donc 397 500 ÷ 300 = 1 325 FCFA. Regardez la différence avec une moyenne simple des trois prix : (1 200 + 1 350 + 1 500) ÷ 3 = 1 350 FCFA. Vingt-cinq francs d’écart par bidon, 7 500 FCFA sur l’ensemble du stock. La pondération n’est pas un raffinement de comptable, c’est ce qui rend le chiffre juste.
Vous vendez maintenant 180 bidons. En CMUP, cette sortie coûte 180 × 1 325 = 238 500 FCFA. Il reste 120 bidons, valorisés au même coût : 120 × 1 325 = 159 000 FCFA. Vérification à faire systématiquement : 238 500 + 159 000 = 397 500 FCFA, soit exactement ce que vous aviez dépensé. Ici, la division tombe juste ; le plus souvent, elle ne tombe pas rond. Gardez alors deux décimales dans le calcul intermédiaire et n’arrondissez qu’à la fin, sinon la sortie et le stock restant ne se recomposent plus exactement en valeur totale. Le CMUP se recalcule à chaque entrée, pas à chaque vente : le prochain conteneur donnera un nouveau coût moyen, qui s’appliquera aux sorties suivantes.
Le FIFO ou PEPS : premier entré, premier sorti
PEPS, c’est premier entré, premier sorti — la version française du FIFO. On considère que les unités qui quittent le dépôt sont les plus anciennes, et on les sort au prix qu’elles ont coûté à l’époque. Elles n’ont pas besoin de sortir physiquement dans cet ordre : c’est une convention de calcul. Mais pour des produits datés, elle colle à ce que vous faites déjà en rayon, comme dans le suivi des produits périssables par lots et par dates.
Reprenons exactement les mêmes 180 bidons. On puise d’abord dans le premier arrivage : 100 bidons à 1 200 FCFA = 120 000 FCFA. Il en manque 80, qu’on prend dans le deuxième : 80 × 1 350 = 108 000 FCFA. La sortie vaut donc 120 000 + 108 000 = 228 000 FCFA. Au dépôt, il reste 70 bidons du deuxième arrivage (94 500 FCFA) et les 50 du troisième (75 000 FCFA), soit 169 500 FCFA. Même contrôle que tout à l’heure : 228 000 + 169 500 = 397 500 FCFA.
Comparez maintenant. Même stock, même vente, deux méthodes : la sortie coûte 238 500 FCFA en CMUP et 228 000 FCFA en FIFO, soit 10 500 FCFA d’écart. Si vous avez vendu ces 180 bidons 1 700 FCFA pièce — 306 000 FCFA encaissés — votre marge affichée est de 67 500 FCFA en CMUP et de 78 000 FCFA en FIFO : celle du FIFO dépasse celle du CMUP de plus de 15 %, pour la même opération. Et le stock qui reste au bilan vaut 159 000 FCFA d’un côté, 169 500 FCFA de l’autre. Quand les prix montent, le FIFO sort les unités les moins chères et fait apparaître une marge plus généreuse ; le CMUP lisse.
Valorisation des stocks OHADA : ce que le SYSCOHADA admet
Pour les articles interchangeables — des bidons identiques, des sacs de ciment, des boulons —, le référentiel comptable applicable dans l’espace OHADA retient deux méthodes de valorisation : le coût moyen pondéré et le premier entré, premier sorti (PEPS, ou FIFO). La méthode inverse — dernier entré, premier sorti, DEPS ou LIFO — n’y est pas admise, même si on la rencontre dans d’autres pays. Autrement dit : les deux calculs que vous venez de faire sont recevables, celui-là ne le serait pas.
| Au quotidien | CMUP | FIFO / PEPS | LIFO / DEPS |
|---|---|---|---|
| Admis en SYSCOHADA | ✓ | ✓ | ✗ |
| Principe | Un coût moyen recalculé à chaque arrivage | Les unités les plus anciennes sortent d’abord | Les plus récentes sortiraient d’abord |
| Sortie de 180 bidons | 238 500 FCFA | 228 000 FCFA | Sans objet |
| Stock restant au bilan | 159 000 FCFA | 169 500 FCFA | Sans objet |
| Quand les prix montent | Lisse le coût et la marge | Marge affichée plus élevée | Sans objet |
| Suivi à tenir | Un seul coût par produit | Chaque lot d’entrée suivi à part | Sans objet |
| Produits datés | ± | ✓ | Sans objet |
Deuxième règle, aussi importante que la première : la permanence des méthodes. La méthode retenue pour une catégorie de stock s’applique de la même façon d’un exercice à l’autre. On ne passe pas au FIFO l’année où l’on veut afficher une meilleure marge, pour revenir au CMUP l’année suivante. Un changement doit rester exceptionnel, se justifier et se signaler dans les comptes — c’est une décision qui se prépare avec un comptable, pas un arbitrage pris seul un soir de clôture.
Ce qui entre dans le coût d’entrée (et ce qui n’y entre pas)
Une valorisation juste suppose un coût d’entrée juste. Et le coût d’entrée, ce n’est pas la ligne « prix unitaire » de la facture fournisseur : c’est tout ce qu’il a fallu dépenser pour que la marchandise arrive dans votre dépôt, prête à être vendue. Si vous fabriquez vous-même ce que vous vendez, ce coût se construit autrement : il part de la recette et des pertes de transformation, comme le détaille le calcul du coût matière dans un atelier.
Un exemple. Vous importez 200 cartons facturés 1 000 FCFA l’unité, soit 200 000 FCFA. Le fret et la manutention coûtent 24 000 FCFA, les droits de douane 20 000 FCFA, le transitaire 6 000 FCFA. Le coût total d’entrée est de 250 000 FCFA, soit 1 250 FCFA le carton — pas 1 000. En valorisant à 1 000, vous sous-estimez votre stock de 50 000 FCFA et vous gonflez votre marge du même montant : vous croyez gagner ce que vous avez déjà payé au port.
Le prix d’achat, net des remises obtenues.
Le transport jusqu’à votre dépôt : fret, manutention, camion.
Les droits de douane et les frais de transit.
L’assurance du transport et les frais d’approche.
Les frais de vente : livraison au client, commission du vendeur.
La publicité et les campagnes commerciales.
Le loyer de la boutique et les salaires administratifs.
Les charges de structure de la période.
Les taxes que vous récupérez sur vos achats, si vous y êtes assujetti.
La règle pratique tient en une phrase : ce qui se dépense avant l’arrivée en dépôt alourdit le coût du stock, ce qui se dépense après pour vendre reste une charge de la période. C’est d’ailleurs une raison de plus pour laquelle deux arrivages du même produit ne se valorisent jamais pareil : le fret et la douane, répartis sur des quantités différentes, ne pèsent pas le même montant par unité.
Quand le stock ne vaut plus son prix d’achat
Le coût d’entrée dit ce que la marchandise vous a coûté. Il ne dit pas ce qu’elle vaut encore. Un carton de crème dont la date approche, un modèle de téléphone que plus personne ne demande, un tissu resté deux saisons au fond du dépôt : ces articles figurent peut-être toujours à leur prix d’achat dans vos livres, alors que vous ne les écoulerez qu’en soldant.
La règle est simple : quand ce qu’un article peut encore rapporter — son prix de vente probable, diminué de ce qu’il faudra dépenser pour l’écouler — tombe sous son coût d’entrée, on constate une dépréciation. Reprenons nos bidons à 1 325 FCFA : si 40 d’entre eux ne partiront qu’à 700 FCFA, l’écart est de 625 FCFA par bidon, soit 25 000 FCFA à déprécier — et c’est un plancher, puisque les frais engagés pour les solder viendront encore en déduction. Le montant exact se fixe avec votre comptable. C’est désagréable à écrire, mais un stock gonflé d’invendus raconte une histoire fausse — et vous évite la seule décision utile : solder, échanger avec un confrère, ou arrêter d’en commander. Ces articles ont aussi un coût de possession qui ne se voit pas, et qui court tous les mois.
Choisir une méthode, puis s’y tenir
Deux repères pratiques, à confronter avec votre comptable. Le CMUP est le plus simple à tenir quand vos produits sont interchangeables et se mélangent dans le dépôt : ciment, sable, huile, quincaillerie au poids. Le FIFO est plus naturel quand chaque arrivage reste identifiable et que la date compte : produits laitiers, cosmétiques, médicaments. Dans tous les cas, la valorisation part de quantités justes : si vos comptages datent, faites d’abord un inventaire tournant sans fermer la boutique.
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1
Séparez vos catégories de stock : marchandises interchangeables d’un côté, produits datés ou identifiables de l’autre.
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2
Reconstituez le coût d’entrée réel du dernier arrivage : facture, fret, douane, transit, le tout divisé par le nombre d’unités reçues.
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3
Choisissez une méthode par catégorie, CMUP ou FIFO, et écrivez-la noir sur blanc dans une note d’une page.
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4
Faites valider ce choix par votre comptable avant la clôture, pas après.
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5
Appliquez la même méthode l’exercice suivant, même si le résultat vous plaît moins.
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6
Passez en revue une fois par an les articles invendables, et constatez la dépréciation qui s’impose.
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7
Conservez les pièces : sans facture de fret ni quittance de douane, un coût d’entrée ne se justifie pas.