Une boutique de prêt-à-porter à Dakar, trois cents références en rayon, deux personnes qui saisissent : la gérante et sa vendeuse. Sur son téléphone, quatre propositions reçues en une semaine. La première annonce un abonnement à quatre chiffres, la deuxième dit « gratuit », la troisième facture au poste, la quatrième refuse de donner un prix avant un rendez-vous. Aucune des quatre ne compte la même chose. Ce qui manque n’est pas un tarif de plus : c’est la grille complète, celle où l’abonnement n’est qu’une ligne sur trois.
Le prix d’un logiciel de gestion au Sénégal se lit sur trois familles de coûts : l’abonnement, ce qui s’ajoute autour, et ce qui se paie en heures. Les voici toutes les trois, chiffrées sur un cas posé — trois cents références, deux utilisateurs, trente-six mois — à partir de tarifs relevés le 27 août 2026 sur les sites officiels des éditeurs. Vous saurez ce que chaque famille d’outils vous coûtera vraiment, et où nous nous situons dedans.
Trois familles de coûts, pas une
Demandez un prix à un éditeur, il vous répond un abonnement. C’est exact, et c’est incomplet. Sur trois ans, la facture se répartit sur trois familles qui n’ont ni la même unité, ni la même façon de déraper.
- L’abonnement. La seule ligne publiée, la seule que tout le monde compare, et rarement la plus lourde. Elle se lit au palier et sur trente-six mois, pas au mois.
- Ce qui s’ajoute. Paramétrage, reprise du catalogue et des soldes, formation, matériel de caisse, ligne internet. Rien de cela ne figure sur une page tarifs.
- Ce qui se paie en temps. Les heures de saisie, la double tenue pendant la bascule, les questions du personnel les deux premières semaines. Aucune facture, des soirées plus longues.
Un cas posé sert de fil à tout ce qui suit : trois cents références, deux personnes qui saisissent, un point de vente, trente-six mois. Refaites-le avec vos propres nombres : c’est la seule façon de comparer deux devis qui ne se ressemblent pas.
Prix d’un logiciel de gestion au Sénégal : la grille des abonnements
Commençons par le bas de la grille, là où se trouve la surprise : le gratuit existe vraiment, et il est publié noir sur blanc. Loyverse présente sa caisse, son tableau de bord, son écran cuisine et son écran client comme des modules gratuits, et facture des options à côté. Hiboutik écrit que son logiciel « est gratuit pour toutes les fonctionnalités essentielles incluant le Z de caisse quotidien », les fonctions avancées passant par une option payante. Henrri écrit sur sa page d’accueil : « Une formule 100% GRATUITE et ILLIMITÉE. » Odoo publie un palier « One App Free », décrit comme « One app, unlimited users ». Dolibarr et ERPNext, eux, sont des logiciels libres : le premier écrit « Completely free to download, install and use » et « No license to pay », le second « ERPNext is a free and open-source software and always will remain so ».
Six gratuités, six bords différents, et c’est le bord qui décide. Un logiciel libre ne coûte aucune licence mais transfère chez vous l’hébergement, les sauvegardes et les mises à jour — Frappe, qui édite ERPNext, affiche son hébergement infogéré « from $5 onwards /mo » par site. Un palier gratuit, lui, limite le périmètre ou le volume : chez Zoho Books, le plan « FREE » vaut pour un utilisateur plus un comptable, avec mille factures par an. Le calcul complet est ici : ce que le gratuit coûte vraiment.
Au-dessus, la grille payante, relevée le 27 août 2026, chaque montant dans sa devise d’origine.
- Loyverse — options facturées par magasin ou par employé : « Advanced inventory » à 25 $ par mois et par magasin ou 250 $ par an, « Employee management » à 5 $ par mois et par employé ou 50 $ par an. Quatorze jours d’essai sur chaque option, sans carte bancaire.
- Hiboutik — option « Premium » à 5,90 € par mois, « par compte (quelque soit le nombre d’utilisateurs, de postes connectés ou de boutiques) », avec « 2 mois offerts pour une souscription annuelle ». L’option « Multi-boutiques » est facturée à part, à 4,90 € par mois et par boutique.
- Zoho Books — « Standard » à 12 $ par mois, ou 10 $ à l’année, pour trois utilisateurs ; « Professional » à 24 $ par mois, ou 20 $ à l’année, pour cinq utilisateurs.
- Shopify — plan « Basic » à 27 $ par mois, 19 $ à l’année, plus « 2% 3rd-party payment providers » quand on n’encaisse pas via Shopify Payments.
- Wurus — 19 500 FCFA, 30 000 FCFA ou 150 000 FCFA par mois selon le palier, plus un plan gratuit sans limite de durée mais plafonné à 50 produits.
Une précision qui change le total, vue de Dakar. Le franc CFA est arrimé à l’euro à parité fixe depuis 1999 — la BCEAO écrit « 655,957 FCFA = 1 euro » — et pas au dollar. Un tarif en euros se convertit donc sans mauvaise surprise, et l’approximation ne bougera pas d’un mois sur l’autre : 5,90 € font environ 3 870 FCFA par mois. Un tarif en dollars, lui, dépend du cours du jour ; il bouge à chaque prélèvement, et c’est vous qui portez l’écart. Nous laissons donc les dollars en dollars, et nous datons chaque conversion.
Ce qui s’ajoute, et qui ne figure sur aucune page tarifs
Ces lignes-là, aucun éditeur ne les publie : elles dépendent de vous. Elles se chiffrent pourtant, à condition de les demander avant de signer.
-
Le paramétrage : taxes, modèles de documents, comptes utilisateurs et droits, mentions de la facture. Demandez qui le fait, en combien de jours, et si c’est inclus ou facturé.
-
La reprise du catalogue : trois cents références avec prix d’achat, prix de vente, unité et stock de départ. Demandez le format attendu et qui corrige les lignes rejetées.
-
Les soldes de départ : le stock au jour de la bascule, les impayés clients, les avances fournisseurs. C’est la ligne qu’on découvre trop tard, et elle se reprend à la main.
-
Le matériel de caisse : imprimante à tickets, tiroir, douchette, tablette ou ordinateur. Faites-le chiffrer chez un revendeur de Dakar ou de Thiès, pas chez l’éditeur.
-
La connexion : forfait data ou ligne fixe, et de quoi tenir un après-midi de coupure à Saint-Louis comme à Dakar. Un outil en ligne sans repli n’est pas un outil, c’est un pari.
Deux de ces lignes se négocient, les trois autres se subissent. Le paramétrage et la reprise sont des prestations : elles ont un prix, un délai et un livrable, et vous pouvez les faire écrire avant de payer. Le matériel, la connexion et la formation restent de votre côté, et l’éditeur ne les chiffrera jamais pour vous. Pour préparer le fichier catalogue, notre article sur le code article et les variantes évite la moitié des lignes rejetées à l’import.
Ce qui se paie en heures
La troisième famille n’a pas de facture, et c’est pour cela qu’elle est la plus chère à ignorer. Comptons en heures plutôt qu’en francs.
- Reprise du catalogue : trois cents références à deux minutes pièce, soit 10 heures. Le double si le fichier de départ n’est pas propre.
- Paramétrage initial : taxes, modèles de facture, deux comptes et leurs droits, environ 4 heures.
- Formation : une demi-journée pour deux personnes, soit 8 heures cumulées.
- Double saisie pendant la bascule : une demi-heure par jour d’ouverture pendant un mois, soit 12 heures.
Total : environ 34 heures, soit près d’une semaine de travail d’une personne. Ce n’est pas un coût caché, c’est un coût non facturé — et il est à peu près le même quel que soit l’outil, gratuit compris. C’est aussi pourquoi changer d’outil deux fois en trois ans coûte plus cher qu’un abonnement un peu au-dessus du besoin dès le départ. Le pilier du sujet — les vingt questions à poser avant de signer — sert à ne le faire qu’une fois, et notre plan de migration en sept jours découpe ces heures en journées tenables.
Le total sur trois ans, pour une boutique de 300 références
Une seule hypothèse pour les quatre colonnes, et à chaque fois la configuration la plus petite qui tient le besoin. Attention à l’unité : ces tarifs ne se comptent pas de la même façon. Chez Loyverse, la caisse est gratuite, mais suivre les réceptions et les transferts de stock passe par « Advanced inventory », facturé par magasin, et chaque compte suivi par « Employee management », facturé par employé : 25 $ plus deux fois 5 $, soit 35 $ par mois, donc 1 260 $ sur trente-six mois, ou 1 050 $ au tarif annuel. Chez Hiboutik, l’option Premium est facturée par compte, quel que soit le nombre d’utilisateurs : 5,90 € par mois font 212,40 € sur trente-six mois, ou 177 € avec les deux mois offerts à l’année, soit environ 139 000 et 116 000 FCFA à la parité fixe. Chez Zoho Books, deux personnes tiennent dans le plan « Standard », qui en inclut trois : 12 $ par mois font 432 $, ou 360 $ à l’année. Chez Wurus, le tarif est par société ; trois cents références imposent le Pack Pro : 1 080 000 FCFA au mois, 1 035 000 FCFA au tarif annuel.
| Au quotidien | Loyverse | Hiboutik | Zoho Books | Wurus |
|---|---|---|---|---|
| Ce qu’on paie le premier mois | ✓ | ✓ | ✓ | ± |
| Tenir 300 références au catalogue | Aucune limite publiée sur la page tarifs | Aucune limite publiée sur les pages vues | Aucune limite de produits publiée | ✓ |
| Ce que coûte un deuxième utilisateur | ± | ✓ | ✓ | ✓ |
| Total publié sur 36 mois, cas posé | ± | ✓ | ± | ✗ |
| Ce que le tarif annuel fait économiser | ✓ | ✓ | ✓ | ± |
| Devise du tarif, vue de Dakar | ✗ | ✓ | ✗ | ✓ |
| Encaisser pendant une coupure de réseau | ✓ | Non établi sur les pages consultées | Non établi sur les pages consultées | ✗ |
| Essayer sans carte bancaire | ✓ | Non documenté sur les pages consultées | Non documenté sur les pages consultées | ✓ |
| Comptabilité SYSCOHADA au même endroit | Non documenté sur les pages consultées | Export comptable cité dans l’option Premium | Comptabilité ; SYSCOHADA non documenté | ✓ |
Lisez ce tableau sans tricher. Sur la ligne du prix, nous ne gagnons pas : une option de caisse à 5,90 € par mois coûte forcément moins qu’une suite complète, parce qu’elle en fait moins. Ce que ces totaux ne disent pas, c’est ce qu’il faudra ajouter à chaque colonne pour tenir une comptabilité SYSCOHADA ou une boutique en ligne. Le vrai comparatif se fait à périmètre égal, jamais à ligne d’abonnement égale — voyez notre comparaison avec Loyverse.
Où se situe Wurus dans cette grille
Nos trois paliers payants sont publics : 19 500 FCFA par mois pour le Pack Business, 30 000 FCFA pour le Pack Pro, 150 000 FCFA pour le Pack Enterprise. Le Pack Starter est gratuit sans limite de durée, plafonné à 50 produits, et l’essai de 15 jours l’est aussi. Pour trois cents références, la question est réglée d’avance : ni le gratuit, ni le Business plafonné à 100 produits ne tiennent le catalogue. C’est le Pack Pro. Les plafonds de catalogue des autres éditeurs sont relevés un par un dans notre panorama des logiciels de gestion de stock pour PME africaines.
Le tarif annuel maintenant, sans arrondir en notre faveur. Business : 19 500 × 12 font 234 000 FCFA contre 215 000 affichés — 19 000 de moins, environ 8 %. Pro : 30 000 × 12 font 360 000 contre 345 000 — 15 000 de moins, environ 4 %. Enterprise : 150 000 × 12 font 1 800 000, et le tarif annuel est à 1 800 000. Payer douze mois d’avance sur ce palier ne fait économiser rien du tout. Faites cette multiplication chez chaque éditeur avant de signer un an : elle prend dix secondes et elle surprend souvent.
Reste le point qui déplace le plus les budgets, et il n’est pas dans la colonne des prix. Ce qui fait changer de palier chez nous, c’est le catalogue et les modules ouverts, pas le nombre de postes : deux vendeuses ou cinq, le tarif ne bouge pas. En revanche, la comptabilité SYSCOHADA et le CRM n’arrivent qu’au Pack Enterprise : si votre comptable réclame un grand livre dans le même outil, budgétez ce palier dès le départ. Nos paliers et ce que chacun ouvre sont publiés.