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Retenue à la source au Sénégal : ce qu’un prestataire doit comprendre

12 septembre 2026 · Gestion · 9 min de lecture

Sommaire

Un graphiste de Dakar livre une identité visuelle à un groupe agro-alimentaire. Facture : 1 000 000 FCFA hors taxes. Trois semaines plus tard, le virement tombe : 950 000 FCFA. Il relance, persuadé qu’on lui doit encore 50 000 FCFA. On lui répond une phrase qu’il ne comprend pas : « c’est la retenue à la source ». Il raye la ligne, sans savoir qu’il vient de perdre la trace d’une somme qui lui appartient.

Voici pourquoi ce prélèvement existe, comment savoir si vous êtes concerné — beaucoup de prestataires en société ne le sont pas —, quoi réclamer au règlement, et ce que cette somme devient.

5 % du brut hors taxes prélevé par le client
25 000 FCFA de prestation facturée : le seuil de déclenchement
950 000 FCFA encaissés sur une facture de 1 000 000 FCFA
15 jours pour que votre client reverse au Trésor

Retenue à la source : ce qui s’est passé sur votre règlement

Votre client n’a pas baissé votre prix. Il a prélevé une part de ce qu’il vous devait et l’a versée au Trésor public pour votre compte. Le Code général des impôts institue cette retenue sur les sommes qu’un débiteur établi au Sénégal verse en rémunération de « prestations de toute nature fournies ou utilisées au Sénégal ». Taux : 5 % du brut hors taxes, dès 25 000 FCFA facturés.

Qui est concerné — et qui ne l’est pas

C’est l’angle mort du sujet. Le texte vise « tout exploitant individuel exerçant une activité industrielle, commerciale, non commerciale, agricole ou artisanale, non effectivement soumis à un régime d’imposition d’après les bénéfices réels réalisés ». Et « les personnes morales ou groupements n’ayant pas opté pour l’impôt sur les sociétés » y sont assimilés.

Reste à le prouver. Dans une décision publiée par la Direction générale des Impôts et des Domaines, l’administration retient que ces personnes morales sont « considérées comme des personnes physiques lorsqu’elles ne peuvent pas justifier de leur imposition ». La charge de la preuve est donc chez vous. En pratique, le document qu’on vous demandera est une attestation d’imposition, délivrée par votre centre des services fiscaux.

Sur la facture rien ne change, sur le règlement tout se joue

Facturez normalement, au montant plein : la retenue intervient au paiement, pas sur le document. Le Code pose une exigence à votre charge : la facture d’un prestataire doit explicitement mentionner le NINEA — revoyez les mentions attendues sur une facture. Et ne relancez jamais les 50 000 FCFA comme un impayé : soldez-la par l’encaissement et la retenue.

Le parcours de vos 50 000 FCFA
  1. Jour J Vous facturez 1 000 000 FCFA hors taxes, sans trace de retenue.
  2. Au paiement Le client prélève Il vire 950 000 FCFA et conserve 50 000 FCFA.
  3. Le 15 au plus tard Reversement au Trésor Versement dans les 15 premiers jours du mois suivant.
  4. Chaque trimestre État des versements aux tiers Votre NINEA, les sommes versées et l’impôt retenu.
  5. 31 janvier État récapitulatif annuel Dépôt de l’état des salaires et sommes versées aux tiers.
  6. Avant le 1er avril Restitution du trop-retenu Réclamation auprès du service chargé de l’assiette.

L’attestation de retenue : réclamez-la, elle vaut de l’argent

Soyons précis : aucun texte consulté n’oblige votre client à vous remettre une attestation. Ce qu’il doit faire, c’est vous déclarer. L’imprimé officiel de l’état trimestriel des sommes versées aux tiers se transmet au service des impôts « appuyé des bulletins individuels » : demandez la copie du vôtre, ou à défaut un justificatif écrit, le jour du virement.

Ce qu’un justificatif utile contient
  • Votre raison sociale et votre NINEA, écrits comme sur la facture.
  • Le numéro et la date de la facture.
  • Le montant brut hors taxes servant de base.
  • Le taux appliqué et le montant retenu.
  • La date du paiement et le service qui a retenu.
  • Le cachet et la signature du payeur.

Classez ce papier avec la facture, jamais à part : un justificatif isolé ne se retrouve pas un an plus tard. Mêmes règles que pour l’archivage de vos factures. Dans Wurus, la GED le range à côté du document concerné.

Un décalage pour les uns, un coût sec pour les autres

Le Code est explicite : « les retenues effectuées au titre d’une année viennent en déduction de l’impôt dû en fin d’année par le bénéficiaire non soumis à la contribution globale unique ». Le trop-retenu se réclame avant le 1er avril suivant. Pour qui est imposé d’après ses bénéfices réels, ce n’est donc pas une charge : c’est un impôt déjà payé en votre nom.

Une remise de 5 % et une retenue de 5 %, ce n’est pas la même chose
Au quotidien Remise de 5 % Retenue de 5 %
Ce que vous facturez 950 000 FCFA 1 000 000 FCFA
Les 50 000 FCFA manquants
Récupérables ?

Le coût réel, c’est la trésorerie. Un consultant qui facture 1 500 000 FCFA par mois à des clients qui retiennent avance 75 000 FCFA chaque mois, soit 900 000 FCFA immobilisés au bout d’un an. Un crédit à l’État, pas une perte.

Une exception change tout. À la contribution globale unique, la retenue n’est pas imputable : l’article 137 range les retenues opérées sur le chiffre d’affaires des assujettis à la CGU parmi les « recettes définitivement acquises au Trésor public ». Ce n’est plus un décalage, c’est un coût — à intégrer dans vos prix. L’option pour le bénéfice réel se notifie au plus tard le 31 janvier de l’année d’imposition.

Vos réflexes avec un grand compte ou une administration

Sur un marché de la mairie de Thiès comme sur une commande d’un groupe de Dakar, partez du principe que la retenue sera opérée. Un dossier qui se tient épargne les allers-retours : voyez le circuit entre devis, bon de commande et facture.

À faire dès la première commande
  • 1
    Demandez au service fournisseurs si une retenue sera opérée.
  • 2
    Faites figurer votre NINEA sur la facture.
  • 3
    Imposé au réel ? Transmettez votre attestation d’imposition.
  • 4
    Chiffrez l’avance de trésorerie sur la commande entière.
  • 5
    Réclamez le justificatif par écrit, le jour du virement.
  • 6
    Tenez un tableau : facture, montant retenu, justificatif reçu.

Ce tableau ne demande ni logiciel ni formation : un cahier suffit, tenu au fil de l’eau. Gagnez plutôt du temps sur le reste — devis, factures, PDF et envoi par WhatsApp. Wurus ne calcule pas la retenue : elle se joue au règlement.

Questions fréquentes
Mon client a retenu 5 % alors que je suis en SARL : est-ce normal ?
La retenue vise les exploitants individuels non imposés d’après leurs bénéfices réels et les structures qui n’ont pas opté pour l’impôt sur les sociétés. Une société soumise à cet impôt n’est pas visée, mais l’administration attend qu’elle le justifie. En pratique, cela se règle avec une attestation d’imposition demandée à votre centre des services fiscaux, puis transmise au service fournisseurs de votre client.
Je vends des marchandises, pas des services. Suis-je concerné ?
Le Code définit la prestation comme toute opération juridique autre qu’une vente : une vente de marchandises n’entre pas dans ce champ. Attention aux factures mixtes : si vous livrez du matériel et facturez la pose, séparez les deux lignes.
Mon client refuse de me remettre une attestation. Que faire ?
Aucun texte consulté ne l’y oblige, mais il doit déclarer aux services fiscaux, avec votre NINEA, les sommes versées et l’impôt retenu. Demandez par écrit un justificatif détaillant la retenue.
Ma facture porte de la TVA : la retenue se calcule sur quoi ?
Sur le montant brut hors taxes : le Code fixe la retenue à 5 % de ce montant, la TVA facturée n’entre pas dans la base. Ne calculez donc jamais votre encaissement en retranchant 5 % du total à payer. Et si votre client relève du précompte, la TVA peut en plus être retenue de son côté, au titre d’un mécanisme différent.
Dois-je augmenter mes prix pour compenser ?
Imposé d’après vos bénéfices réels, non : vous ne perdez pas ces 5 %, vous les avancez. À la contribution globale unique, en revanche, la retenue est définitivement acquise au Trésor : c’est un coût réel, à intégrer dans votre prix.
#Facturation #Fiscalité #Conformité #PME
Équipe WURUS Rédaction
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